Dépêche du site Cathobel:

La conférence épiscopale s’est réunie en vidéoconférence dans le but d’organiser progressivement la reprise de célébrations liturgiques publiques. Les évêques ont exprimé leur désir de reprendre ces célébrations en concertation avec les responsables de tous les cultes reconnus en Belgique, ainsi qu’avec le gouvernement fédéral et les entités fédérées.
Les évêques belges sont particulièrement sensibles au désir souvent exprimé de pouvoir participer à nouveau «en présentiel » à des célébrations.
En tout état de cause, les normes de protection sanitaire devront être respectées, il y va de la santé et de la responsabilité de tous.
Des contacts sont en cours avec les différents gouvernements du pays. Les évêques demandent que le phasage de reprise des célébrations soit intégré dans les grandes lignes définies par le Conseil national de Sécurité et les gouvernements en date du 24 avril dernier.

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Nous n’avons aucune date de reprise des célébrations à ce jour.
Si cette décision tombait en mai ou en juin, nous reprendrions les célébrations selon l’alternance habituelle des week-ends:

  • ROCLENGE-EMAEL
  • WONCK- BOIRS
  • ROCLENGE- EBEN
  • WONCK- GLONS
  • / – BASSENGE
  • Les intentions prévues depuis le 13 mars et programmées en mai et en juin seront bien entendu reprises dès que possible.

Nouvelles d’Emael


A l’invitation de notre Évêque, nous sommes allés ouvrir l’église d’Emael à différentes reprises et nous avons eu quelques visites de passage.
Durant cette semaine sainte, nous ouvrirons encore les portes de l’église et entre autres, le vendredi saint à 15h et durant toute la matinée de Pâques.  L’église sera fleurie, de la musique sera diffusée, des prières seront récitées mais nous éviterons bien sûr tout rassemblement.

En ce qui concerne la commémoration de la construction de l’église d’Emael prévue le 1er week-end de juin, nous attendrons l’annonce des prochaines mesures mais il est probable qu’elle sera reportée.

Alternatives aux célébrations

En ces temps de confinement, plusieurs alternatives sont offertes aux Chrétiens pour vivre le Carême et la fête de Pâques.

Dimanche des Rameaux et de passion, 5 avril,
conformément au document de la Conférence épiscopale,
les rameaux cueillis par les fidèles et apportés dans leurs maisons
seront considérés comme bénis,
par association spirituelle aux offices célébrés en privé
et diffusés par les médias.

Propositions de célébrations domestiques
sur le site internet du diocèse de Liège

Page dédiée du site Cathobel

Suivre les grands offices à la radio, la télévision ou sur internet:

Carême de Partage

Votre don du Carême de partage
plus que jamais nécessaire

Les célébrations et les collectes du Carême de partage n’ont pas lieu. Comprenant tout à fait la nécessité du confinement indispensable pour protéger la santé de tous, Entraide et Fraternité est en pensée fraternelle avec toutes les communautés chrétiennes. N’annulez pas pour autant votre solidarité avec les pays pauvres. Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de vivre ce Carême comme un temps de prière, de conversion et de partage fraternel.

« Cette crise que nous traversons, écrit Mgr Delville, nous pousse à redécouvrir nos vraies valeurs : le sens de la relation sociale, le sens de la sobriété, le sens de notre interdépendance mondiale. (…) Qu’elle éclaire d’un jour nouveau nos projets et nos espoirs. » Parmi les projets porteurs d’espérance, il y a ceux en Haïti soutenus par l’Église de Belgique à travers Entraide et Fraternité pour lutter contre la faim, la pauvreté et l’injustice.

Cette année, sans les collectes, les moyens vont cruellement manquer. Si nous ne faisons rien pour pallier cette situation exceptionnelle, la perte financière est estimée à pas moins de 450.000 euros pour les projets de lutte contre la faim et la pauvreté. C’est énorme. À situation exceptionnelle, appel exceptionnel. Même si vous ne pouvez vous rendre dans les églises pour prier et pour y faire votre offrande de Carême, vous pouvez faire un don par virement bancaire sur le compte BE68 0000 0000 3434 d’Entraide et Fraternité, 32 rue du Gouvernement Provisoire, 1000 Bruxelles, avec la mention « 6573 Carême de partage » ou en ligne sur le site internet www.entraide.be/don. Pour tout don supérieur ou égal à 40€, vous bénéficierez d’une attestation fiscale vous permettant de déduire 45% du montant total de vos dons.

Donnez ce que vous pouvez. Ce sera beaucoup ! Plus de 6000 Haïtiens ont besoin de votre soutien pour lutter contre la faim. De tout cœur, merci de votre partage. 

Le don de Carême compte parmi les plus beaux des gestes fraternels pour un chrétien. Transformons la clameur de nos partenaires haïtiens en espérance. Car à l’Haïti qui souffre répond l’Haïti qui résiste. La solidarité et le partage peuvent provoquer de profonds changements et donner espoir à celles et ceux qui luttent pour leur survie.

En ces temps difficiles, nous pensons à vous et vos proches. 

Restons plus que jamais unis par la prière et l’esprit de fraternité.

Axelle Fischer Secrétaire générale d’Entraide et Fraternité

Invitation à la matinée de rassemblement du dimanche 8 mars à BOIRS dès 9H45

Vous êtes cordialement invités à venir, en famille,
nous rejoindre pour vivre un bon moment de partage
ce 8 mars (2ème dimanche de carême) en l’église de BOIRS
où aura lieu la matinée de rassemblement
de la grande communauté paroissiale
sur le thème

« Renaître et vivre »

Au programme :

  • un moment d’accueil et de convivialité,
  • une animation par tranches d’âge
  • suivie de l’Eucharistie festive à 11h au cours de laquelle les enfants qui feront leur Profession de Foi le 10 mai, recevront la croix qu’ils porteront ce jour-là.

Cette matinée fait partie du parcours de préparation
à la première des communions et à la profession de Foi.
En attendant le plaisir de vous revoir le dimanche 8 mars,
avec votre enthousiasme et votre bonne humeur
pour vivre une rencontre enfants, parents, grands-parents
et tous les fidèles de la communauté,
nous vous adressons nos meilleures salutations.

Votre prêtre référent: Jacques VEYS
Votre coordinatrice pastorale: Isabelle HERMAN.
Vos mamans-catéchistes :Isabelle, Irène, Ketty, Annie, Véronique, Solange, Marie, Bernadette
La communauté de BOIRS qui nous accueille.

Agenda Mars-Avril

Mardi 3 mars

  • Journée de récollection diocésaine à BANNEUX.

Vendredi 6 mars

  • Journée de formation à l’écoute active à LIÈGE

Mardi 10 mars

  • Réunion décanale à 14h à Visé

Jeudi 12 et vendredi 13 mars

  • Journées de formation permanente à SPA-NIVEZÉ

Vendredi 13 mars

  • à 20h: Seconde rencontre des fiancés salle Yalla à BASSENGE, ou

Samedi 14 mars

  • à 14h30: Seconde rencontre des fiancés au presbytère de VISÉ (1 séance au choix)

Lundi 16 mars

à 20h: Réunion des fabriciens à la collégiale de VISÉ .

Mardi 17 mars

  • à 20h: Réunion des animateurs ‘Confirmation’ à BASSENGE

Jeudi 26 mars

  • à 20h: Réunion du Conseil d’Unité Pastorale (CUP) à BASSENGE

Vendredi 27 mars

  • Journée de formation à l’écoute active à LIÈGE
  • à 19h30: Rencontre des confirmands à BASSENGE

Samedi 4 au lundi 6 avril

  • Retraite des professions de foi à REMERSDAEL

Mardi 7 avril

  • à 20h: Réunion des parents des futurs baptisés à Bassenge.

Mardi 14 avril

  • à 14h: Réunion des visiteurs de malades à BASSENGE

Jeudi 23 avril

  • Journée de récollection des AP à REMOUCHAMPS

Samedi 25 avril

  • Journée de formation Croisillon à RHODE

APPEL

Pour aider une famille en grande précarité,
nous sommes à la recherche de vêtements
pour deux garçons de 2 ans et 5 ans.

Vous pouvez faire parvenir vos dons
dès à présent
au presbytère de BASSENGE.

Merci d’avance pour votre générosité!

Conte: ‘C’est un garçon !’

«C’est un garçon», s’écria la sage femme que l’aubergiste de BETHLÉEM avait appelée à la rescousse. Joseph s’approcha: il n’y avait pas de doute. C’était bien un garçon, un petit gars bien couillu. Joseph regarda Marie avec tendresse. Elle avait eu neuf mois auparavant une échographie angélique … Mais là, ça se confirmait: c’était un petit bonhomme. Joseph sortit de l’étable, tout fou comme peut l’être un jeune père. Il cria dans la nuit: «C’est un garçon! C’est un garçon!». Aux alentours, quelques bergers l’entendirent crier.

Comme ils ne voyaient rien, ils crurent entendre un ange et ils se dirent: «Allons jusqu’à BETHLÉEM pour voir ce qui est arrivé». Joseph criait si fort «C’est un garçon» que Dieu le Père l’entendit dans son ciel. Il devint blême.

Quelque chose ne va pas, Très Saint Seigneur? lui demanda l’ange Gabriel.

J’ai peut-être fait une gaffe, répondit Dieu. C’est un garçon, et certains vont s’y croire. Parce qu’ils ont les mêmes attributs que lui, ils vont se croire plus importants, plus légitimes pour parler en mon nom. Ils vont tout faire pour que cela se sache. Je les entends déjà, dans quelques siècles, dire: «Oui, mais Jésus était un homme.» Rien que d’y penser, ça me retourne. Ce n’est pas cela que je voulais: j’aurais peut-être dû envoyer… une fille. Cela aurait peut-être changé le cours de l’histoire …

Et il se tut, songeur. Il reprit :

Enfin, c’est fait, c’est fait: c’est mon enfant, et c’est un mâle. Il faut que j’assume.

Il ajouta :

Pourtant, ce que je voulais, c’était surtout venir habiter chez eux, au milieu d’eux et partager leur vie: je sais bien que ce n’est pas simple d’être humain. Ce que je voulais en fin de compte, après avoir préparé le terrain par les prophètes, c’était simplement les rejoindre au plus près, et leur apprendre ce qu’est vraiment la vie. Je voulais qu’ils comprennent une fois pour toutes que je suis de leur côté, que je suis un Dieu «pour», que leur vie me passionne et que je veux qu’ils vivent. Et tous, sans exception! Pas seulement les quatre-vingt-dix-neuf que j’ai trouvés sur ce lambeau de Palestine. Il fallait que j’y aille, et que je leur donne le meilleur de moi-même. Maintenant que mon enfant est un garçon, je suis presque certain que la plupart des mâles de la terre vont se croire obligés de dominer le monde; et si un jour ma Bonne Nouvelle fait école, ils vont se prendre pour les maîtres. Ce n’est pas ça que je voulais. J’ai peut-être fait une gaffe …

Dieu avait l’air sacrément ennuyé. Les anges se regardèrent d’un air dubitatif. C’est bien normal de ne pas comprendre ces choses-là: que voulez-vous, quand on n’a pas de sexe … Après un long silence, Dieu reprit la parole :

Je ne suis pas fou: je sais bien que mon fiston n’aura sûrement pas la vie facile. Il va leur parler de vie, d’amour, de liberté et de pardon: on lui rira au nez. Il dira que les gens sont bien plus importants que les lois, et qu’il vaut mieux servir que d’être servi; il racontera des petites histoires qui feront sourire les pauvres, car les simples comprennent: ça va les agacer, et cela se terminera mal. Je le sais de toute éternité, mais je ne pouvais pas faire l’économie de ne pas aller à leur rencontre. Ils le mettront à mort:je vois ça venir, c’est gros comme une étoile.

Il se tut. Les anges se regardaient. Puis il reprit :

Je sais ce que je vais faire: je ne baisserai pas les bras. S’ils le font taire et s’ils le tuent, je le leur rendrai. Et pour toujours. Je ne pourrai pas laisser tomber l’humanité qui m’est plus chère que la prunelle de mes yeux. Je le ressusciterai !

Avec un peu de soleil dans le regard et un sourire sur les lèvres, il ajouta encore :

Et puisque la moitié des hommes sont des femmes, je lui demanderai de se révéler, en tout premier, à une femme. Et pas des moindres: j’en connais une du côté de MAGDALA. Elle sera la premières des apôtres de Pâques. Cela devrait corriger le tir.

– Vous pouvez toujours essayer, ils ont le caleçon long! répondirent les anges en clignant des yeux.

Les anges clignèrent tellement des yeux que des mages, bien loin de BETHLÉEM, prirent ces étincelles pour des éclats d’étoiles. Et ils se mirent en route …

Bon d’accord: c’est une relecture. Une fiction, j’en conviens. Je brode, je brode. Les gens sérieux, les mâles dominants surtout s’écrieront que tout cela est bien bête et que cela manque singulièrement de sérieux. Peut-être. Quoique… En écrivant ceci, je n’oublie pas la prière finale de la messe de Noël: ‘Seigneur, nous célébrons de tout notre cœur la naissance de ton Fils; Accorde-nous la grâce d’approfondir notre foi en ce mystère, et d’y trouver la force d’un meilleur humour, par Jésus le Christ notre Seigneur ( ).’

Ah, pardon! «D’y trouver la force d’un meilleur amour.»

Décidément …

Raphaël BUYSE
Dimanche – Extrait de ‘Lueurs de Noël’,
un recueil de contes inspirés de l’Evangile,
éd. Salvator (2018)

Histoire de Noël: Vers l’infini et au-delà …

‘Voilà Gaspard!’ a dit Balthazar quand je suis entré dans l’étable. Il s’est tourné vers les autres : ‘Je vous l’avais dit, il finit toujours par arriver. C’est quoi l’excuse cette année ?’

‘Burn out, les gars, burn out … le cerveau cramé.’ Ils étaient étrangement pétrifiés. Joseph penché sur la mangeoire, Marie, qui me regardait, consternée, l’âne, le bœuf, et mes collègues mages dans leurs costumes de Carnaval. J’ai tendu mon paquet : «et voici l’encens …». Ils ont éclaté de rire. Melchior a grimacé : «Pas sûr que ça lui soit très utile …» J’ai jeté un œil dans la mangeoire: à la place de l’enfant qui va sauver le monde du désespoir, un petit robot aux allures de cosmonaute tendait ses poings en plastique vers moi en beuglant : ‘Vers l’iiinfiniiii et au-delààà !’

J’ai crié. ça m’a réveillé.

Au pied du lit, Tom serrait son jouet Buzz l’éclair contre sa poitrine :

Papa ? Tu fais la sieste ?
Qu’est-ce-que tu fais là ?

Il a appuyé sur le ventre de son jouet, qui s’est animé: ‘Je suis Buzz l’éclair ! Je viens en paix.’

Il était quatre heures de l’après-midi. Je n’avais pas rangé l’appartement depuis dix jours, le frigo était vide et l’arrivée de mon fils n’était pas au programme. J’étais censé rester sous la couette jusqu’en (2020).

Tom, lui, devait fêter Noël avec sa mère. D’ailleurs, il était hors de question qu’elle me le confie avant longtemps – c’est ce qu’elle avait dit, au téléphone, après l’avoir récupéré à l’école lors du dernier week-end de la garde alternée.

J’avais eu une urgence au boulot, on s’était débrouillés, mais le fait est qu’il s’était endormi à l’école et qu’au lieu de la table de six, il connaissait par cœur le répertoire de STROMAE.

J’avais foiré. Tamara avait raison, le juge avait raison, tout le monde avait raison, j’étais inapte, immature et irresponsable.

Alors qu’est-ce qu’il faisait au pied de mon lit, le sac sur le dos, le bonnet enfoncé jusqu’au bord des lunettes ? Il m’a tendu un papier :

– Maman est désolée. C’est quoi burn out ?

Le temps que je m’arrache à l’étable du cauchemar, Tom avait glissé ‘Toy Story’ dans le DVD : ‘Je peux ?’ Il a installé son jouet sur le canapé, a attrapé la télécommande sans enlever son attirail d’hiver, c’était parti pour une heure vingt de fascination.

Je me suis retranché dans la salle de bains pour lire le message de Tamara, qui tenait en trois points :

  • Mon père a fait un malaise, le réveillon est annulé, je file à l’hôpital.
  • Débrouille-toi pour que cette soirée ressemble à un Noël – désolée.
  • Je serai là à midi demain, fais un effort – merci.

Pour limiter les dégâts, elle avait rédigé un mode d’emploi où les ‘surtout’, et les ‘surtout pas’ alternaient avec les ‘comme tu sais’. Les 20 heures à venir étaient passées en revue, partant de ‘surtout, cinq granules pour l’angoisse, toutes les trois heures’ à ‘ne surtout pas le laisser seul devant la télé’.

L’envie m’a pris d’avaler le stock de granules d’un coup et de le rejoindre dans le canapé. Je me suis lavé. Rasé. Brossé les dents. Peigné les cheveux. Limé les ongles. N’importe quoi pour ne pas quitter la salle de bains.

Mais il a bien fallu sortir et affronter l’écran où un petit garçon parfait recevait un cadeau (ça m’était complètement sorti de la tête, les cadeaux !) sous un sapin parfait (où trouver un sapin à cette heure?), après un délicieux repas (certainement pas livré à domicile par un cycliste sous payé). Dans moins d’une minute, la poupée blonde embrasserait le shérif, et le cow-boy et le cosmonaute seraient réconciliés. Ce qui arriverait ensuite, je n’en avais pas la moindre idée.

Tom a consciencieusement écouté la chanson du générique (‘je serai toujours là pour toi’ !) avant de se tourner vers moi :

C’est quoi, burn out ?
Qui t’a dit que j’étais en burn out?
Toi, quand tu dormais.
J’ai dit ça ?
C’est quoi ?
Enlève ton manteau.
Ben non, on va y aller.
Où ?
Tu me le dis ?

Je l’ai dit. Enfin j’ai essayé : ‘C’est quand tu n’as plus envie de rien.’

Que ça ?
Même pas fêter Noël. Quand tout est trop fatigant, que rien n’a d’intérêt, tu es si nul que tu aimerais …
Disparaître, c’est ça ?
À peu près, mais …
Quand tu ne comprends rien aux calculs mais c’est même pas la peine d’essayer parce que de toutes façons c’est foutu ?
Euh …
Que tu fais croire à Maman que tu te brosses les dents mais tu fais que regarder ta bête tête à lunettes dans le miroir ?

Il était radieux. J’ai dit : ‘je suis désolé, Tom, ça ne va pas être drôle ce Noël.’Il a sauté sur ses pieds: ‘Tu rigoles ? ça va être cool ! Viens.’ Il a ramassé ma veste : ‘T’as un bonnet ? Ton portefeuille ? Tes clés ?’

Exactement le ton de sa mère. J’ai hésité : ‘Où on va ?’

Surprise !

Il était déjà dehors. Je l’ai suivi. Il marchait le nez en l’air, Buzz l’éclair sous le bras. De temps en temps, il lui faisait lancer un petit: ‘vers l’infini, et au-delààà… ‘. La nuit était tombée, ça givrait un peu, les vitrines reflétaient les phares. Autour de nous, les gens se pressaient, les bras pleins de paquets. On était les seuls à se balader mains en poches, avec nos lunettes et notre bonnet, à s’arrêter pour regarder les vitrines et faire des blagues sur les choses chères et inutiles et les tous-nus des pubs. Le visage de Tom était exactement à la hauteur des types blottis dans l’encoignure des portes, dont j’essayais d’éviter le regard. Il leur souriait et parfois, disait ‘salut’ en appuyant sur le ventre du jouet : ‘Je suis Buzz l’éclair. Je viens en paix’. Place de Brouckère, au moment où je me demandais si j’allais traîner mon fils toute la nuit sur les trottoirs, il a dit : ‘T’as pas froid?’ et filé vers le premier bistrot ouvert.

********

‘C’est moche, pour ce sapin.’

Par-dessus son chocolat chaud, Tom fixait l’arbre qui commençait à perdre ses aiguilles. J’ai répondu :

C’est ce qu’on fait à Noël, on met des sapins dans les maisons.
Pourquoi ?
C’était la tradition, les gens dansaient dans la forêt pour célébrer l’hiver …
Trop bien ! On va faire la fête dans la forêt ?
Tu veux qu’on y aille ? On peut prendre le tram …

Son visage s’est illuminé : ‘Tu paries ?’ Mais il est resté assis: ‘pas cette année. Un truc comme ça, ça se prépare. Il faut faire un feu, tout installer. On fera ça l’année prochaine. Ce sera … ‘ Il s’est interrompu brutalement : ‘Tu vois qu’il y a des choses à faire avant de disparaître!’

J’ai ri. Il a tendu le poing, à la manière de Buzz. J’ai appuyé mon poing contre le sien et on a fait la liste de choses à faire avant de disparaître: aller dans une pyramide, faire un camp, aller dire bonjour aux baleines, passer une nuit blanche dans le noir… Et puis, j’ai eu une idée …

*********

Quand la Grand’roue des Plaisirs d’hiver s’est arrêtée en haut pour nous laisser le temps de regarder la ville, Tom m’a passé Buzz. Il s’est serré contre moi en soupirant. On voyait le canal, l’Atomium, les prairies et les routes. Il m’a montré la forêt: ‘l’an prochain, on ira!’ J’ai dit : ‘C’est vrai que c’est cool’. Il a souri, a repris Buzz et l’a tendu vers le ciel en criant lui-même cette fois:‘Vers l’infini, et au-delà… ‘. Après, tout était facile. Manger des frites en trépignant de froid et en riant parce qu’on se brûlait la bouche. Dire ‘Joyeux Noël!’ aux passants. Se glisser dans l’église juste à temps pour la fin de la messe. En sortant, je lui ai raconté mon rêve, il s’est tordu de rire: ‘je savais qu’avec toi ce serait cool’. Mon téléphone a sonné. Tom s’est raidi: ‘Maman!’ J’ai hésité. Il a dit: ‘Décroche, elle va s’inquiéter.’ J’ai bafouillé que tout allait bien, en pleine forme, Joyeux Noël! Elle m’a dit ‘vous êtes où, là ?’ J’ai répondu ‘on sort de la messe’. Et elle : ‘c’est pas drôle, passe le moi’. Tom a déversé un flot de paroles: ‘on s’amuse comme des fous, c’est mon meilleur Noël, l’an prochain tu viendras dans la forêt?’ Les joues rouge vif et les yeux brillants, il disait précisément tout ce qu’il faut dire: j’ai tout mangé, c’était succulent, on n’a pas oublié les granules, je ferai pas d’histoires pour dormir… et ‘on t’attend à quatre heures pour le goûter, prends tout ton temps … ‘

Je me suis réveillé sous les draps qu’on avait tendus à travers le salon pour fabriquer un camp, Tom serré contre moi, le pouce en bouche, les lunettes en travers du front. Il y avait des granules partout.

Je me suis extirpé de la montagne de coussins et j’ai contemplé le désastre. Il était midi. Il me restait quatre heures pour rendre l’endroit acceptable. Je n’y arriverais pas seul.

Devant le campement, Buzz montait la garde. J’ai appuyé sur son ventre, il a lancé son cri de ralliement et Tom s’est réveillé. J’ai expliqué mon plan, il l’a trouvé parfaitement cool.

Il s’est lavé tout seul pendant que je filais à la boulangerie. On s’est mis la bande originale de ‘Toy Story’ à plein pot, on a astiqué, aspiré, cuisiné, en chantant fort et faux.

À quatre heures tapantes, Tamara a sonné. Nous, on était fin prêts avec le cougnou et le chocolat. En voyant sa tête, on a ri en même temps.

Le soir, j’ai retrouvé Buzz sur mon lit avec sa bouille enthousiaste et un petit mot: ‘Je le lesse avec toi tant que tu te beurres n’août et l’an prochin on fai Noël dan la forè.’

Veronika MABARDI
Journal ‘En marche’
décembre 2018