Les Sœurs: Passeuses de mémoire.

Les dessous de l’histoire de l’école Saint-Joseph de ROCLENGE…

Les Sœurs: Passeuses de mémoire.

Le métier du passeur de mémoire est comme celui de l’artiste. Tous deux dépeignent une scène, racontent une histoire et la mettent sur papier pour qu’elle reste figée et connue à travers le temps, dans l’espoir qu’elle ne se reproduise pas.

Étudiantes en rhétorique au collège Sainte-Véronique de LIÈGE, Oriane et moi avons voulu baser notre travail de fin d’études sur le thème des Justes parmi les Nations. Nous avons travaillé en collaboration avec l’organisme Inforef, dans le cadre du projet « e-book passeur de mémoire ». Le but était de faire des recherches sur des faits historiques pour ensuite les rapporter à travers la publication d’un e-book d’où le terme « passeur de mémoire ».

Notre choix de sujet reposait sur différents critères, dont le fait que ma collègue et moi avions vécu deux expériences qui nous ont fait réfléchir et qui nous ont donc incitées à découvrir de nouvelles facettes de cette seconde Guerre Mondiale; Oriane qui avait participé à un voyage à AUSCHWITZ et moi à une rencontre avec un survivant de ce même camp. C’est pourquoi, en tant que bonnes passeuses de mémoire, nous avons décidé de poser notre regard sur des personnes, victimes et héros à la fois, qui ont souffert également sans pour autant être des survivants des camps. Ces personnes moins connues aujourd’hui, les Justes.

Tout d’abord qui sont les Justes? Ce sont des individus de tout âge, culture ou conviction, qui ont contribué à la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale en cachant des Juifs au risque de leur propre vie. Au terme de la guerre, le peuple d’Israël a voulu remercier individuellement chacun de ces héros dans le monde, en leur remettant un diplôme et une médaille honorifique ainsi qu’en inscrivant leur nom sur le mur des Justes à JÉRUSALEM, dans le site de commémoration de la Shoah appelé « Yad Vashem ».

Afin de rendre notre travail le plus interpellant possible, nous nous sommes mises à la recherche d’un témoin, Juste, pouvant nous raconter son vécu et son parcours pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’avais également un vague souvenir d’une histoire que m’avait racontée une sœur dans mon ancienne école primaire concernant des enfants juifs qui avaient été cachés dans ses bâtiments pendant la guerre. À l’époque je n’avais pas conscience de l’importance de son récit mais c’est justement lorsque notre sujet du TFE (Travail de Fin d’Étude) a été officialisé que j’ai été prise par la curiosité et que nous avons décidé de creuser plus loin.

Dans notre travail, nous avons décrit le parcours général qu’effectuaient les passeurs, c’est-à-dire, les personnes qui conduisaient les enfants juifs à bon port et nous avons également expliqué à quel point ils risquaient leur vie.

Nous nous sommes également arrêtées sur d’autres points importants par exemple la psychologie de l’enfant caché pendant et après la guerre et ce notamment au travers d’une conférence à laquelle j’ai assisté et qui était donnée par Marcel FRYDMAN, lui-même un enfant caché. Cette conférence nous a ouvert les yeux sur les séquelles et traumatismes qui sont restés ancrés à jamais dans les souvenirs des milliers d’enfants cachés.

Nous nous sommes aussi mises à la recherche des Justes dont j’avais entendu parler dans mon enfance, qui pouvaient témoigner dans le but d’illustrer notre travail et d’ainsi, lui donner vie. Cette personne s’est trouvée être Sœur Anne-Marie, une des survivantes de la Communauté des Sœurs de ROCLENGE. Elle nous a livré son histoire avec beaucoup d’émotion. Elle et sa communauté, ont sauvé six fillettes juives de la déportation en les cachant dans leur résidence. Elles n’ont jamais été découvertes en sachant que l’entièreté du village était sous l’occupation allemande et qu’elles ont subi de nombreuses perquisitions.

Sachant que Viviane PASTERNAK, fille de Rosa (fillette cachée à l’école St-Joseph de ROCLENGE et après la guerre partie aux U.S.A. mais jusqu’à son décès restée en contact étroit avec les Religieuses) est venue des U.S.A. avec son amie Nancy KING pour visiter les lieux (1 rue Bettonville) en février 2013.

Toutes deux étaient accompagnées de Madame Évelyne HAENDEL, liégeoise qui effectue de nombreuses recherches de documents et de preuves pour étayer les demandes de reconnaissance.

Au fil de la discussion avec la Sœur, nous nous sommes aperçues que la communauté n’avait pas été reconnue comme «Juste parmi les Nations». Et c’est alors que notre travail a pris une plus grande envergure puisque nous avons décidé de contacter les représentants de l’Ambassade d’Israël à BRUXELLES en espérant de tout cœur avoir une réponse.

La représentante de Yad Vashem à BRUXELLES, Mme Hélène POTEZMAN nous a aussitôt répondu et mises en contact avec l’Ambassadrice d’Israël. Nous avons ainsi entretenu une correspondance par laquelle il nous a été annoncé qu’une démarche de reconnaissance avait été effectuée au préalable par l’une des filles des six Juives. Cependant l’Ambassade ne pouvait reconnaître la congrégation car elle était en manque d’informations. Nous avons donc envoyé tout ce que nous avions (notre travail ainsi que des photos et des lettres) afin de contribuer un minimum à l’identification des Sœurs.

Aujourd’hui, la congrégation des Sœurs Saint-Joseph de LYON a enfin été reconnue, au nom de la Mère supérieure, Mère Michael comme Juste parmi les nations. Suite à cette nouvelle, notre travail a pris une tout autre dimension et s’est beaucoup centré sur cette magnifique cérémonie de reconnaissance où nous avons rencontré Erika FULD, l’une des six fillettes sauvée par les Sœurs, qui a fait le déplacement exprès des Etats-Unis et avec qui nous sommes toujours en contact.

Grâce aux démarches de Madame Évelyne HAENDEL, la cérémonie de ce 27 mai 2014 a pu se dérouler à l’université de LIÈGE pour y faciliter la présence de Sœur Anne-Marie et de Sœur René-Marie.

Nous avons participé à un concours de l’Académie Roi Baudouin sur le thème de l’Histoire belge, et avons remporté le premier prix. Aussi, notre école nous a remis le premier prix du TFE. Cette aventure a été pour nous très enrichissante, pleine de nouvelles expériences comme notre interview pour la radio Bel RTL ou encore notre rencontre avec Érika, Sœur Anne-Marie, et beaucoup d’autres.

Pour conclure, ce travail nous a montré un autre aspect de la deuxième guerre mondiale, un aspect plus positif. Il nous a également enrichies tant au niveau culturel qu’au niveau humain. D’un point de vue plus scolaire, cette expérience nous a permis de gérer un énorme surplus de matière et beaucoup d’informations et de les concentrer au sein d’un même travail.

Mais, notre plus grande satisfaction, est d’avoir amené la joie à Sœur Anne-Marie, aujourd’hui âgée de 92 ans ainsi qu’à la mémoire de la congrégation des Sœurs de ROCLENGE.

Sara SORVILLO, ancienne élève de l’école St-Joseph de ROCLENGE.